Le fish est le shape le plus efficace pour surfer des vagues molles, courtes et sans puissance, parce que sa largeur, son faible rocker et sa queue d’hirondelle lui permettent de générer de la vitesse là où une planche classique cale. Nous voyons de plus en plus de surfeurs, débutants comme confirmés, ranger leur shortboard six mois par an au profit de ce format court et large né dans les années 60. Nous allons voir ensemble d’où il vient, comment choisir ses dimensions, quelles dérives poser dessous et comment adapter votre placement pour en tirer le maximum.

Un shape né en 1967 qui n’a jamais vraiment disparu
L’histoire commence à San Diego, en 1967, quand Steve Lis découpe une planche de kneeboard avec une queue fendue pour caler ses palmes. Le résultat surprend tout le monde : la planche accélère seule, tourne court et passe les sections molles sans effort. Le shape se répand en Californie dans les années 70, disparaît partiellement dans les années 80 face aux thrusters de compétition, puis revient en force au milieu des années 90 quand des surfeurs de très haut niveau le sortent en contest sur des vagues européennes. Depuis vingt ans, chaque marque ou presque propose sa version.
Ce retour tient à une raison simple. La majorité des sessions que nous surfons ne dépassent pas 1 mètre. Sur ce type de vagues, un fish surfboard transforme une journée moyenne en vraie session, alors qu’un shortboard de 28 litres impose de ramer deux fois plus pour deux fois moins de glisse. Le gain est mesurable : à niveau égal, nous prenons souvent 30 à 50 % de vagues en plus sur une session de deux heures.
Reste à savoir quel fish correspond à votre gabarit, car les écarts entre deux modèles de même longueur sont énormes.
Choisir la bonne taille et le bon volume
Le fish se choisit court. Comptez entre 10 et 20 centimètres de moins que votre shortboard habituel, ce qui donne un 5’6 à 5’10 pour un surfeur de taille moyenne. La largeur compense largement : 21 à 22 pouces au maître-bau, contre 18 ou 19 sur une planche classique.
Le volume selon votre niveau
Le volume reste le vrai critère. Un surfeur confirmé de 75 kg vise environ 0,4 fois son poids, soit 30 litres. Un pratiquant intermédiaire monte à 0,5, donc 37 litres. Un débutant qui veut un fish comme première planche évolutive part plutôt sur 0,6, soit 45 litres, avec une longueur de 6’2 à 6’6. Ce litrage supplémentaire ne pénalise pas la maniabilité, parce qu’il est réparti sur la largeur et non sur l’épaisseur.
Le rocker, ce détail qui change tout
Un rocker plat, autour de 3 pouces à l’avant, donne une vitesse impressionnante mais pardonne peu les vagues creuses. Un rocker légèrement plus relevé, 4 pouces, sécurise les take-off sur les beach breaks français en automne. Nous conseillons le rocker plat pour les spots de lac ou de mer fermée, et le rocker intermédiaire pour un usage polyvalent sur la côte atlantique.
Une fois les dimensions arrêtées, le comportement de la planche dépend presque entièrement de ce que vous vissez dessous.
Twin, quad ou keels : ce que changent les dérives
Le fish original se surfe en twin keels, deux grandes dérives basses et très longues à la base, souvent 6,5 pouces de hauteur pour 8 pouces de base. Elles offrent une glisse fluide, des courbes larges et une vitesse en ligne droite remarquable. Elles freinent en revanche les changements de direction brutaux.
Le setup quad, avec quatre dérives plus petites, resserre les courbes et accroche mieux dans la partie haute de la vague. Nous le recommandons dès que les vagues dépassent le mètre ou que le mur devient rapide. Le twin classique à dérives fines, plus proches d’un shortboard, se situe entre les deux et convient aux surfeurs qui veulent garder des appuis familiers.
Vous hésitez ? Prenez une planche en boîtiers FCS II ou Futures et achetez deux jeux. Comptez 60 à 120 euros pour des dérives fibre, un investissement modeste face aux 600 à 900 euros d’une planche neuve.
Ce matériel bien réglé demande enfin un léger ajustement dans votre façon de surfer.
Adapter votre technique au fish
La première erreur consiste à surfer un fish comme un shortboard. La planche flottant davantage, votre point de rame se déplace : reculez de 3 à 5 centimètres par rapport à vos repères habituels, sinon le nose plonge au take-off.
Le pied arrière se place ensuite légèrement en avant des dérives, pas dessus. Le fish n’aime pas les appuis violents sur le tail. Il préfère les pressions longues, initiées depuis les hanches, qui laissent la planche accélérer d’elle-même. Sur une section molle, un simple transfert de poids sur le pied avant suffit à relancer la glisse.
Trois conseils applicables dès votre prochaine session :
- Prenez la vague plus tôt, dès l’épaule, pour profiter de la vitesse naturelle du shape
- Tracez des courbes larges avant de chercher le radical, la planche vous récompensera
- Évitez les jours de fort clapot, où la largeur du tail fait rebondir la planche
Ces réflexes acquis, il reste à savoir quand sortir ce shape et comment le garder en forme.
Quand le sortir et comment l’entretenir
Le fish donne son maximum entre 30 centimètres et 1,50 mètre, sur des vagues molles à moyennement puissantes, avec une période de houle courte de 6 à 9 secondes. Au-delà, la largeur devient un handicap et le shortboard reprend l’avantage.
Côté entretien, deux gestes suffisent. Rincez la planche à l’eau douce après chaque session, en insistant sur les boîtiers où le sel cristallise. Réparez immédiatement le moindre éclat avec une résine UV, car la pointe des deux keels du swallow tail concentre les chocs et absorbe l’eau très vite.
Et si votre prochaine session à 60 centimètres devenait la meilleure de votre mois ? Le fish ne demande qu’un après-midi d’adaptation pour changer complètement votre rapport aux petits jours.
